Surveillance Drone

Grosse commande de drones du Ministère de l’Intérieur

En pleine crise du Coronavirus (Covid-19), le Ministère de l’Intérieur passe un appel d’offre pour une grande quantité de drones. Le timing et l’utilisation interrogent.

Judge Drone : la Loi, c’est eux

En marge de la crise du Coronavirus, le Gouvernement Français multiplie les appels du pied aux dystopies les plus créatives : application de traçage pour le confinement, espionnage des réseaux sociaux, et plus bruyants, surveillance par les drones.

Les images d’engins volants reprenant les badauds sur leur présence dans les rues tournent sur les réseaux sociaux. Et si finalement ce n’était que l’introduction d’un nouveau rapport Police/Citoyen ?

C’est en tout cas ce que laisse entendre le journaliste Brice Le Borgne en retweetant un extrait d’appel d’offre du Ministère de l’Intérieur.

Grosse commande de petits engins volants

 

Le ministère de l’Intérieur vient de publier un appel d’offre pour environ 650 drones :

– 1,8 m° d’€ pour 565 “micro-drones du quotidien”
– 1,58 m° d’€ pour 66 “drones de capacité nationale”
– 175 000 € pour 20 “nano-drones spécialisés”

— Brice Le Borgne (@BriceLeBorgne) April 13, 2020

Dans un récent appel d’offre lancé par le Ministère de l’Intérieur et disponible en lecture sur le site du Bulletin Officiel des annonces de marché public, nous apprenons que le Gouvernement passe une annonce pour 651 drones, pour une facture de près de 4 millions d’euros sur quatre ans.

Les objectifs et missions de ces petites bêtes seraient essentiellement de la « mission de haute intensité » comme nous l’apprend le dossier de consultation. Avec une surcouche « d’observation et de retransmission sécurisée à longue distance de jour comme de nuit ».

Des objectifs qui n’ont pas grand rapport avec la situation actuelle et le confinement, posant alors deux questions à ce sujet : l’appel d’offre avait-il été décidé avant le début des événements, ou bien fait-il suite à l’ambiance générale en Europe sur la surveillance globalisée ?

Un nouveau besoin de sécurité intérieure ?

Ce genre d’appels d’offre a tendance à être décidé bien à l’avance et il serait sans doute hasardeux de vouloir opposer ce choix budgétaire avec l’urgence sanitaire.

Contacté par les services de CheckNews de Libération, le Ministère de l’Intérieur assure que la commande répond au programme financé par des fonds de l’Union européenne, le Fond pour la sécurité intérieure (FSI). Deux volets déployés : coopération, prévention et répression intérieure, ainsi que frontières extérieures.

Par ailleurs, le MI insiste sur l’antériorité de la démarche dont « l’expression de besoin et les spécifications techniques [auraient] été consolidées au cours du second semestre 2019 », et en effet, CheckNews rappelle que d’autres appels d’offres ont été passés pour des drones en 2011, 2015 et 2016, par exemple… mais pour des quantités moindres.

Un calendrier commercial qui interroge politiquement

Et qui ne manquera certainement pas d’être commenté. Sur l’un des groupes Facebook de Gilets jaunes les plus actifs, une publication titre « L’État en profite pour instaurer une société de contrôle », avant d’enchaîner très vite sur une mise en abîme d’un hôpital dépourvu d’équipements et de personnels, quand une Police se dote de nouveaux gadgets.

Sur Twitter, même son de cloche, plus ironique cette fois. « L’État continue de se mobiliser pour les masques et les tests » peut-on parfois lire en commentaire de retweet.

Côté journalisme sensible aux questions de protection des données, on s’interroge là aussi. Dans un article du 1er Avril, et qui n’avait rien d’un poisson, la Quadrature du Net fait le tour des municipalités françaises qui usent de cet outil de surveillance aux contours juridiques… flous, si ce n’est vides. L’article se conclut d’ailleurs sur un rappel de l’absence d’un ensemble de Loi pour cadrer l’utilisation de ces drones et protéger les libertés individuelles.

Dans un contexte mondial si particulier, qui voit « les mesures d’exception » se multiplier au sein des démocratie, jusqu’à parfois les détruire comme en Hongrie, ce genre d’informations interpelle.

Et il est bon que les citoyens aient encore à cœur d’user de leur jugement en la matière.

Préférez-vous une société solidaire ou une société sécuritaire ? Si vous penchez pour une économie plus juste et égalitaire, nous vous invitons à consulter le média de l’économie sociale et solidaire (ESS) Mediess.fr.

A bientôt pour de nouveaux décryptages de l’actualité et des articles sans concession !